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Tu es arrivé au seuil d’Oolretaw. 
 
Ici, les frontières entre le réel et l’imaginaire se brouillent. Lorsque les lampadaires municipaux s’allument, la ville bascule dans un univers miroir aux reflets fantastiques. Les lieux se métamorphosent, et des événements inattendus surgissent. 

Quand la nuit enveloppe cette ville des Cantons-de-l’Est, d’étranges phénomènes commencent à émerger…

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Sarah Boucher

La Pince coupante de Marko St-Hilaire

Je vais vous raconter une histoire qui m’est arrivée il y a quelques mois, à moi, Marko St-Hilaire, apprenti mécanicien. Comme j’étais le plus avancé de ma classe de DEP en mécanique automobile, mon professeur m’a envoyé faire une mission pour que je tente le métier. Je devais donc marcher quelques kilomètres, sous des nuages gris et menaçants comme des chiens de garde, pour me rendre au lave-auto abandonné tout près du restaurant L’Express. Une fois sur place, je devais réparer le moteur d’une voiture en panne se trouvant à l’intérieur de la bâtisse. Mon enseignant m’avait choisi, car il voyait que je travaillais bien, il me faisait confiance avec les outils qui se trouvaient là-bas et il croyait que j’avais les capacités pour ce travail.

Arrivé près de la porte, j’ai regardé au travers des fenêtres à moitié barricadées par des morceaux de bois. Malgré la lumière du lampadaire, je ne pouvais rien voir, car des couvertures de toiles effilochées étaient accrochées devant ces fenêtres, et la noirceur de la nuit commençait déjà à tomber. Le lieu était sinistre, mais en aucune façon j’allais avoir peur. Avec mon physique de taureau, j’avais pour réputation d’être confiant et d’être toujours le premier à trouver les solutions aux phénomènes inexplicables. Cependant, je n’ai jamais pu expliquer ce qui s’est passé cette soirée-là.

En essayant d’ouvrir la porte, je me rendis compte que je n’avais pas les clés et que la porte était barrée. Comme j’ai toujours une clé à molette, un tournevis et une pince coupante dans la poche droite de ma salopette bleu marine fétiche, j’ai réussi à ouvrir la porte. Je tiens à préciser que la pince coupante en question m’avait été donnée dans d’étranges conditions : elle avait appartenu à mon arrière-grand-père, qui avait été lui-même un mécanicien connu, mais qui était maintenant endormi à jamais.

Bizarrement, la porte, plutôt que de se refermer, resta ouverte, comme si un homme galant la tenait.

L’intérieur de cette bâtisse me faisait penser à un tableau blanc barbouillé par un enfant qui venait de découvrir l’utilité d’un crayon, tellement il y avait des graffitis de toutes les couleurs sur les murs blancs. Seulement la moitié des lumières néons éclairaient en clignotant ; les autres, brisées, créaient de l’ombre dans les recoins de la pièce. Après avoir déposé ma casquette sur le coffre à outils, je m’approchai lentement du véhicule. Je sentais une force presque imperceptible qui m’attirait vers l’automobile. Je me dis que c’était sûrement à cause de mon impatience de débuter ma mission. Malgré tout, je remarquais que ce véhicule n’était pas comme les autres – et j’en ai l’habitude, des automobiles ! Après tout, c’est une partie du métier que j’étudie : les examiner. Celle-ci m’intriguait énormément.

Ma plus grande passion pour la mécanique tourne autour des moteurs. Comme ma mission consistait à réparer le vieux moteur de ce Ford, j’ai commencé au plus vite. Lorsque j’ai ouvert le capot et que ma pince coupante a touché au moteur, celui-ci est parti et a fait tellement de bruit que j’avais l’impression qu’il se faisait égorger. Subitement, j’ai lâché ma pince, et je sentis que la force qui m’attirait vers le véhicule disparut dans l’espace. Pris de panique, comme un chevreuil devant des phares, je ne savais plus quoi faire. Paralysé par la stupéfaction, je regardais l’automobile qui roulait lentement vers moi et qui poussait des petits cris aigus ressemblant, comme deux gouttes d’eau, à un rire sadique.

J’avais beau essayer de comprendre ce qui se passait, chacune de mes neurones brûlait l’une après l’autre d’incompréhension. Craignant de me faire écraser par cet étrange bolide d’acier, je me mis à courir vers la porte pour me sauver. Mais, arrivé à celle-ci, elle ne voulait pas s’ouvrir. Dans mon dos, un filet d’eau glacé coulait, car j’entendais le véhicule qui s’approchait toujours de moi. Dans une dernière tentative, avec un désespoir hors du commun, j’ai frappé la porte d’un grand coup de pied, et elle a finalement cédé.

 

Je me suis dépêché de sortir et de fuir loin de ce cauchemar.

Au bout d’un moment, je marchais sans but, semblable à un itinérant sur le trottoir. J’errais, tremblant de froid comme une feuille d’automne sous les grands vents, en repensant à cette histoire. Je me suis demandé pour quelle raison mon professeur m’avait vraiment envoyé dans ce lave-auto. Je n’ai jamais eu de réponse. Mais ce que je sais, c’est que quand je suis revenu le cours suivant, ce n’était plus lui qui nous enseignait. Depuis ce jour, j’ai une peur bleue des pinces coupantes, et je ne suis jamais remonté dans une auto de la marque Ford.

 

Texte de Sarah Boucher

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Explore les autres stations !

 

Découvre l’intégralité du parcours fantastique d’Oolretaw en explorant chacune de ses stations.

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Prochaine histoire :

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À venir bientôt...

Noémie Côté

Le conteur Paul Bradley a animé des ateliers dans les cours de français de 4e  secondaire à l’école secondaire Wilfrid-Léger. Avec l’aide de leur professeur, les élèves ont rédigé des textes et réalisé des enregistrements qui, peu à peu, ont fait émerger un Waterloo secret et fictionnel : Oolretaw!

Quand la nuit enveloppe cette ville des Cantons-de-l’Est, d’étranges phénomènes commencent à émerger…

Ce projet est rendu possible grâce à l’apport de la Ville de Waterloo, de l’école secondaire Wilfrid-Léger et Centre de services scolaire du Val-des-Cerfs.​

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 © 2023 Paul Bradley storyteller numérique

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