Tu es arrivé au seuil d’Oolretaw.
Ici, les frontières entre le réel et l’imaginaire se brouillent. Lorsque les lampadaires municipaux s’allument, la ville bascule dans un univers miroir aux reflets fantastiques. Les lieux se métamorphosent, et des événements inattendus surgissent.
Quand la nuit enveloppe cette ville des Cantons-de-l’Est, d’étranges phénomènes commencent à émerger…
Voici la suite du circuit fictionnel Oolretaw !
De nouvelles stations apparaissent sur la carte géolocalisant les histoires, de nouveaux textes s'ajoutentent aux anciens, en plus d'audios améliorés...

Le charmant petit spectre
C’était une nuit de juin, la petite aiguille de l’horloge venait d’indiquer 3 heures du matin lorsque Ève Papineau, une jeune fille téméraire de 16 ans, décida de partir de cette soirée assez arrosée qui avait eu lieu chez l’un de ses amis au cœur de Waterloo. Certes, la marche pour se rendre chez elle était longue et légèrement effrayante, mais elle y était habituée. Quelque temps après son départ, elle se mit à ressentir une drôle de fraîcheur, un courant d’air anormalement froid pour un soir d’été. Elle n’en fit pas tout un plat, car elle savait très bien que ça arrivait, du vent si tard dans la nuit et puisqu’elle était encore un peu sous l’effet de certaines substances consommées plus tôt, elle avait surement ressenti ce changement de climat plus intensément.
Quelque chose ne tournait pas rond
Après un bon 20 minutes de marche dans le froid, elle arriva enfin devant la porte de sa maison. Elle entra finalement au chaud, se prit un grand verre d’eau et remarqua une boîte du Maurice Pizzeria sur l’îlot central de la cuisine. L’adolescente affamée n’attendit point une seconde de plus et grimpa à toute vitesse sur le tabouret le plus proche d’elle, prête à entamer sa part de pizza. Juste au moment où elle s’apprêtait à prendre la première bouchée de la pizza « quatre fromages », les lumières de la maison centenaire se mirent à clignoter très rapidement pendant au moins cinq minutes interminables. Tout à coup, Ève n’eut plus faim du tout, sa gorge était serrée et sèche, son cœur battait la chamade. Elle était consciente que les ampoules de sa demeure ne fonctionnaient pas toujours parfaitement, mais aussi tard l’été et durant un aussi long moment, quelque chose ne tournait pas rond et elle était déterminée à trouver l’origine de ce problème.
Ce qu’elle vit la perturba profondément
Elle enfila ses pantoufles et prit son téléphone pour descendre à la salle des machines située dans la partie souterraine de la demeure. Elle arriva au sous-sol et aperçut un feu allumé dans le poêle à bois, ce qui était très étrange, car ce n’était pas dans les habitudes de son père d’en faire un lorsqu’il faisait cette température et, par-dessus tout, de le laisser allumer lorsque la maison était endormie. La famille de la jeune fille avait-elle aussi ressenti la baisse de température ? Elle ouvrit le panneau électrique pour constater que rien ne semblait anormal, plusieurs interrogations envahirent sa tête, elle n’aurait tout de même pas halluciné, son corps se remplit de frissons de la tête aux pieds. Avant de se retourner, elle entendit une voix de garçon à environ dix centimètres d’elle. Ève commença à avoir des sueurs froides, malgré cela, elle se retourna. Ce qu’elle vit la perturba profondément, mais une partie d’elle ne put s’empêcher d’apprécier.
Devant elle se tenait, debout, un jeune homme à la peau légèrement foncée. Il avait des bouclettes un peu en pagaille, mais c’est ce qui lui donnait tout son charme. De plus, il avait de magnifiques yeux verts qui pouvaient sans aucun doute émoustiller n’importe quelle fillette. Malgré la présence de ce Don Juan, elle ne put s’empêcher d’avoir peur. Était-il un cambrioleur ou simplement le nouveau copain de sa sœur? Que faisait-il dans sa maison? Il se présenta avec une voix charmeuse. Il s’appelait Alfred et sa mère était une employée de cette maison autour des années 1950. Il était né dans ce sous-sol en 1953, mais avait malheureusement péri dans la grande inondation de 1969. Il n’avait alors que 16 ans et n’avait pas eu le temps de rencontrer le grand amour, son âme était alors restée bloquée entre les murs de cette cave.
Son âme était restée bloquée entre les murs de cette cave
Un fantôme! Ève n’y crut pas, c’était un véritable rêve éveillé. Elle ne pouvait tout de même pas être tombée soudainement amoureuse d’un esprit. C’était impossible. Elle fit les cent pas en silence, sous le regard incertain d’Alfred. Habituellement, les gens avaient peur de lui, mais pas elle. Elle était différente et il ne put s’empêcher de sourire. La fillette finit par se présenter à son tour en s’excusant pour lui et son histoire touchante. Elle décida tant bien que mal d’approfondir la relation avec lui, c’était beaucoup plus fort qu’elle.
La tension monta entre eux. Ève ressentit des papillons, qu’elles n’avaient jamais connus auparavant. Il était exactement 7 h 15, le soleil s’apprêtait à se lever, quand les deux adolescents conclurent la nuitée par un doux baiser. Celui-ci dura longtemps et fut agréable, mais, dès qu’il fut fini, le jeune homme disparut.
Quelques minutes plus tard, le jour tomba et il apporta avec lui le tombeur de minuit. Ève ne le revit jamais...
Texte de Rose Dumberry
2026
Histoire originale du circuit Oolretaw
Les arbres du parc Robinson
À la maison, ce n’était jamais tranquille et aujourd’hui, c’était pire encore. Ma famille avait organisé une réunion juste avant la fête d’Halloween. J’étais dans ma chambre, essayant de réviser en prévision d’un examen. J’étudiais les soins infirmiers au cégep de Granby. Les bruits me dérangeaient et j’étais incapable de me concentrer. C’est alors que je décidai de sortir de la maison pour aller étudier au parc Robinson. Mon demi-frère me voyant partir, demanda à m’accompagner. J’ai accepté car j’étais sûre qu’il ne me dérangerait pas. Patrice est une personne très silencieuse.
Il faisait noir depuis longtemps. Patrice et moi marchions depuis quinze minutes dans le froid de l’automne quand nous somment arrivés au parc. En arrivant, j’ai réalisé que le parc semblait plus étrange que d’habitude. La lumière des lampadaires n’était plus qu’une mémoire lointaine en ces lieux déserts. À croire qu’il n’y avait pas un chat dans les parages…
Sauf celui qui gisait décédé au pied d’un des arbres.
Malgré cette vision et un pressentiment, Patrice et moi, avançions dans le parc. Mon demi-frère se pencha pour examiner la dépouille du félin. Le pauvre petit corps de l’animal était encore chaud. Il devait être mort depuis quelques minutes seulement. Mon cœur se mit à battre à la chamade. La vue de ce chat me rendait très mal à l’aise. Je me suis dit que son décès devait avoir été causé par les jeunes enfants de l’école primaire située juste à côté du parc, mais je n’en pouvais pas être certaine.
Patrice se releva. Il poussa un soupir et retira son regard du chat. Nous avons décidé alors d’ignorer la carcasse et de retourner à nos activités. Nous nous sommes assis au pied d’un autre résinifère. J’ai posé mon sac à dos sur le sol humide d’automne et en sorti mon cartable. C’est dans celui-ci que je prenais mes notes d’école. Il était temps que j’étudie pour mon examen du lendemain. Patrice s’est assis à côté de moi. Une fois son dos bien accoté sur le tronc l’arbre, il a mit ses écouteurs.
C’est à ce moment qu’un bruit me dérangea. J’ai tourné la tête et je les ai vus. Les racines arborescentes déchiraient le sol. Je croyais halluciner. C’était forcément mon imagination. J’avais fait une nuit blanche la veille. Mais au fur et à mesure que les tentacules du poulpe feuillu se rapprochaient de la gorge de Patrice, l’angoisse me capturait. Je figeais de peur alors que Patrice ne se rendait pas compte de ce qu’il lui arrivait. J’ai essayé de le prévenir, mais c’était trop tard.
Il entendait ma voix comme un sourd.
Les tiges du végétal se sont enroulées autour du cou de Patrice. Elles le serraient fortement. Son visage est devenu mauve dû au manque d’oxygène. Je me suis mise à paniquer. J’ai tenté de me lever mais mes jambes étaient molles comme de la compote de pomme. Je suis tombée au sol avant de me relever rapidement. Je ne pouvais pas rester ici. J’ai pris le choix qui me semblait le plus raisonnable à ce moment ; la fuite.
Éventuellement, j’ai ramené mes parents avec moi pour leur expliquer ce qui était arrivé à Patrice, mais son corps n’était plus là. Le chaton inerte, lui aussi, avait disparu.
Texte de Jeanne Proulx
2024
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Prochaine histoire :

Le ballon rose
Le conteur Paul Bradley a animé des ateliers dans les cours de français de 4e secondaire à l’école secondaire Wilfrid-Léger. Avec l’aide de leur professeur, les élèves ont rédigé des textes et réalisé des enregistrements qui, peu à peu, ont fait émerger un Waterloo secret et fictionnel : Oolretaw!
Quand la nuit enveloppe cette ville des Cantons-de-l’Est, d’étranges phénomènes commencent à émerger…
Ce projet est rendu possible grâce à l’apport de la Ville de Waterloo, de l’école secondaire Wilfrid-Léger et Centre de services scolaire du Val-des-Cerfs.


