Tu es arrivé au seuil d’Oolretaw.
Ici, les frontières entre le réel et l’imaginaire se brouillent. Lorsque les lampadaires municipaux s’allument, la ville bascule dans un univers miroir aux reflets fantastiques. Les lieux se métamorphosent, et des événements inattendus surgissent.
Quand la nuit enveloppe cette ville des Cantons-de-l’Est, d’étranges phénomènes commencent à émerger…
Voici la suite du circuit fictionnel Oolretaw !
De nouvelles stations apparaissent sur la carte géolocalisant les histoires, de nouveaux textes s'ajoutentent aux anciens, en plus d'audios améliorés...

Moi, la bête de Waterloo
Je fermai la porte de chez mon ami pour partir de cette soirée, à l’heure où l’on changeait de jour. Aussitôt que je passai le cadre de la porte, le vent froid de l’hiver du dernier mois de l’année me sauta dessus tel un prédateur. Un tapis blanc recouvrait la rue et les arbres démunis de feuilles étaient colorés par la neige. La pleine lune brillait de mille feux. Sur le chemin du retour vers chez moi, il y avait une piste cyclable que je connaissais très bien, mais ce soir-là, il y avait une ambiance anormale. Comme si une présence régnait sur ce sentier. Ce chemin était divisé, à sa droite, une forêt mixte et de l’autre côté, une clôture qui délimitait le terrain d’une usine. Pour moi, cela me faisait penser à la guerre entre la nature et l’industrialisation.
Mais ce soir-là, on aurait dit que les ténèbres avaient pris le contrôle de ce conflit pour une raison inconnue. Plus j’avançais sur ce sentier, plus la sortie s’éloignait et cette piste cyclable s’allongeait, mais je ne pouvais pas y croire. Ce n’était sûrement qu’une impression. Soudain, le vent se leva et le sifflotement d’une mélodie oppressante se fit entendre. Des clapotis métalliques sur la glace comme des griffes en acier donnaient à mes oreilles l’impression de me faire pourchasser. Je tremblais de terreur, mon coeur battait la chamade, mes yeux hallucinaient une ombre au loin avec des yeux rouges écarlates. D'un battement de paupières et elle n’était plus là. Même si mes jambes ne voulaient plus avancer, je devais retourner chez moi. Donc je continuai de marcher jusqu’à l’endroit où j’avais aperçu cette silhouette, quand je remarquai des empreintes de pieds plus gros que la moyenne dans la neige.
Comme si son regard me brulait l’intérieur
Soudain, on me saisit par le bras d’une poigne de fer. Une chose ressemblant à un homme, mais avec une telle bestialité, une peau grise et vêtue d’une cape capuchonnée. Ses yeux flamboyants me fixèrent de haut. Il me prit de ses deux mains colossales et planta ses griffes rétractiles dans mes bras: je hurlai de douleur! Ce monstre me regardait de plus en plus intensément comme si son regard me brulait l’intérieur. J'eus des visions dans mon esprit de gens brutalement assassinés, décapités ou même déchirés en deux. Je pouvait ressentir toutes leurs souffrances et leurs peurs. Cette bête hurla d’un cri qui me brisa les tympans: de l’effroi pur. Ma peau s’assombrit, mon corps grandit en déchirant mes vêtements. Je pouvais sentir comme du métal liquide froid recouvrir mes os pour les renforcer. Une fumée noire se matérialisa pour former une cape et des habits sombres. Puis, je fermai les yeux.
Je me réveillai dans un endroit étrange où je lévitais dans un vide infini, une sorte de néant où les couleurs n’existent pas, où même le silence aurait fait trop de bruit. Pendant ce qui me parut des années, je suis resté là-bas seul, sans l’emprise de la gravité nulle part.
Après des vies d’attente, le temps d’oublier mon propre nom, j’étais de nouveau à Waterloo, sur le même chemin, mais pas de piste cyclable ni d’usine. La lune me fixait du haut de son ciel nocturne, seule témoin de ce que j’avais vécu. J'avais une sensation inexpliquée qui me confirmait que j’étais à Waterloo, mais dans le passé.
Tout d’un coup, des murmures insupportables dans ma tête provoquèrent une douleur intense comme si mon âme bouillonnait. Une faim soudaine, une envie de tuer, une rage inapaisable qui alimentait ma haine au plus au point. Ma première victime fut un colon qui coupait du bois. Il était innocent, mais il était au mauvais endroit haut mauvais moment, face à un monstre qui n’avait pas de pitié. On m’avait enlevé mon humanité. Il me regarda avec des yeux d’animal vaincu, juste avant que je lui brise le cou. Puis je fermai les yeux et je retournai dans le néant: le calme absolu! J’étais incapable d’éprouver de la culpabilité envers cet acte pourtant cruel.
Pendant des années, j’ai subis ce cycle infernal douleurs intenses et de tueries avec seulement quelques instants de paix, sans voix dans ma tête, ni faim insatiable. J’ai assisté à chaque étapes de la construction de la ville tandis que ses habitants me surnomaient la Bête de Waterloo.
Avec ma force je pourrais arrêter l’autre monstre
Jusqu'au jour où je suis revenu à cette soirée où tout avait commencé. Il y avait fort longtemps de cela. La même lune qui avait regardé le cours de ma vie se briser sans agir. La même odeur parfumée de l’hiver accompagnée de la couleur de la neige. Pendant une fraction de seconde, je pensai au fait que j’allais me transformer ce soir, qu’avec ma force je pourrais arrêter l’autre monstre. Celui qui m’avait transmise cette malédiction. J’étais aux aguets, tout sens en éveils, prêt à lutter pour m’en sortir.
Puis un garçon entra sur cette piste, pendant deux minutes, j’observai la scène. Ensuite, le vent se leva, mes griffes sortirent de mes doigts en frôlant la glace.
Et là, je compris qu’il n’avait pas d’autre monstre!
Texte de Arthur Marois
2026
Histoire originale du circuit Oolretaw
Le pont de l’emprisonnement
J’avais tellement hâte de me trouver un travail ! Ça faisait si longtemps que je me cherchais un emploi. J’avais toujours voulu pouvoir livrer le journal. Cela me permettrait de faire du sport à tous les matins et de pouvoir aider mes parents à payer l’épicerie, tout en m’amusant. J’imaginais les visages heureux des personnes âgées qui verraient un adolescent de Waterloo, grand comme un lampadaire mais maigre comme un cure-dent arriver avec leur journal tant attendu. J’ai fini par me faire engager par la compagnie livrant le journal local et ce jour-là j’ai fait ma première tournée. Il faisait très beau et chaud pour un matin de novembre. Heureusement car je n’avais qu’un chandail blanc déchiré et un vieux jeans troué pour me garder au chaud.
Arrivé proche du lac, j’ai vu l’ancien pont pour les trains.
Je devais le traverser pour pouvoir passer de l’autre côté du plan d’eau. Quand mes vieux souliers bruns troués se sont posés sur la plate-forme, mon sentiment de bonheur a complétement disparu, remplacé par une impression de stress. Je ne comprenais pas pourquoi, il n’y avait aucune vraie raison que je pouvais m’imaginer.
Des jours plus tard, après une dizaine de passages sur le pont, j’ai commencé à entendre des voix très faibles quand je me trouvais au milieu. À chaque fois que je les entendais, je regardais à l’entour de moi mais je ne voyais rien. Même si cela arrivait à chaque fois que je passais par-là, je me disais que c'était seulement la hauteur qui me stressait ou juste des oiseaux perchés en dessous du pont qui créaient les sons bizarres.
À ma onzième journée de travail, quand je suis arrivé proche du pont, j’ai hésité à y mettre mon pied car je me rappelais du sentiment que cette architecture me donnait. Malheureusement, j’ai décidé d’y aller quand même. Ce fut la pire erreur de ma vie. Quand j’ai posé le pied sur le pont, un train silencieux jusque là à surgit dans un vacarme d’enfer et m’a percuté.
Le choc a séparé l’âme de mon corps.
Je ne savais pas si j’étais mort car je pouvais encore voir ce qui se passait.
Quand je me suis calmé, j’ai découvert que j'étais emprisonné à l’intérieur du pont. Je pouvais voir à l’extérieur mais je ne pouvais pas sortir. J’ai tout essayé mais rien ne marchait. Pendant des jours et des jours qui se sont transformés en semaines, j’ai essayé de sortir de cette prison mais après trois semaines épuisantes, j’ai laissé faire et j’ai accepté mon destin.
Un jour, j’ai entendu des gens qui marchaient sur le pont. C’étaient mes amis du secondaire qui exploraient les environs. Ils parlaient de comment ils avaient trouvé mon corps dans l’eau après ma mort. En entendant cette phrase, j’ai réalisé que c’était mon âme qui était captive du pont de l’emprisonnement.
Texte de William Laporte
2024
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Prochaine histoire :

Le ballon rose
Le conteur Paul Bradley a animé des ateliers dans les cours de français de 4e secondaire à l’école secondaire Wilfrid-Léger. Avec l’aide de leur professeur, les élèves ont rédigé des textes et réalisé des enregistrements qui, peu à peu, ont fait émerger un Waterloo secret et fictionnel : Oolretaw!
Quand la nuit enveloppe cette ville des Cantons-de-l’Est, d’étranges phénomènes commencent à émerger…
Ce projet est rendu possible grâce à l’apport de la Ville de Waterloo, de l’école secondaire Wilfrid-Léger et Centre de services scolaire du Val-des-Cerfs.


